Quel devenir pour l’École ?

 

 

Rien n'est immuable, pas même l’École qui semblait à chaque rentrée s'inscrire dans la répétition de ses acteurs, de ses missions, de ses pratiques et parfois même de son calendrier, de ses emplois du temps... dans cette institution qui ne semblait souffrir d'aucun désaccord ou presque, d'aucune crise morale ou presque, ce consensus s'est-il fissuré récemment sous la pression de déterminants conjoncturels et structurels ?

 

Certes, l’École du XXI° siècle était déjà le produit de réformes et de conflits entre anciens et modernes, entre partisans d'une culture générale désintéressée et adeptes d'une éducation au service des besoins économiques et sociaux. Dans cette dispute classique, le maître a été tour à tour passeur de culture universelle et/ou garant de savoirs faire, de compétences utilitaires validées pour que chacun puisse trouver sa place dans l'organisation sans soupçon d'inégalités, les différences ne sont-elles pas naturelles dès la naissance !

 

Rien n'est immuable, pas même l’École habituée pourtant à être une forteresse contre les crises, les incertitudes en prônant une forme de confinement, d'imperméabilité justifiée par les principes de continuité, de neutralité et d'égalité entre les générations, entre strates sociales...

Au cours de cette année scolaire 2020 très particulière, l’École allait démontrer le contraire en s'appuyant sur l'épidémie du Covid. Elle a fait de l'élève un cas contact pour un nouveau modèle afin de terrasser le risque sanitaire mais surtout le décrochage culturel répondant ainsi à la communauté scolaire dans le désarroi. La continuité pédagogique serait assurée dans tous les cas !

Parce que le présentiel devenait compliqué puis interdit, l'apprentissage à distance devenait la règle pour poursuivre les programmes et en appelait alors aux outils numériques plus ou moins" bricolés" mais propulsés par certains comme le monde de demain.

 

Nombreux professeurs se sont retrouvés involontairement ou volontairement "influenceurs" d'une prédiction technoscientiste avec ses partisans et détracteurs, comme le souligne Philippe Champy, auteur en 2019 d'un ouvrage intitulé "Quand les technocrates et neuroscientifiques mettent la main sur l’Éducation Nationale".

Cette "école d'après" pour Najat Vallaud Belkacem passait exclusivement par le prisme du numérique et confondait pédagogie et outil de communication.

Philippe Mérieu critiquait une vision d'un "vieux modèle béhavioriste, d'un enseignement individuel programmé alors que l'Ecole pour lui doit être un apprentissage commun grâce à la figure tutélaire du maître qui crée du commun et accompagne chacun dans sa singularité".

D'autres experts au contraire apportaient leurs louanges et se félicitaient de la capacité d'adaptation des maîtres, à leur innovation en déposant sur des plateformes nombre d'exercices, de tutoriels, de sérious game et en tchatant en ligne...

 

Rien n'est immuable, ainsi l'OCDE se fait la porte parole de ce débat, de l'avenir des systèmes éducatifs dans un dossier ("Back in the future of éducation", septembre 2020) en recensant quatre scénarios qui pourraient se conclure vers un "nouveau métier d'enseignant" encouragé par le ministère de l’Éducation comme le note François Jarraud dans Café pédagogique.

 

  • Le premier scénario serait pour l'OCDE le maintien du système scolaire mais transformé avec du présentiel mais aussi à distance avec des élèves suivis grâce à l'intelligence artificielle et quelques professeurs qualifiés pour créer des contenus éducatifs.

 

  • Le second scénario proposerait un système avec un mélange d'enseignement à domicile, de tutorat, d'enseignement en ligne et d'enseignement communautaire local.

 

  • Le troisième scénario imaginerait un éclatement du système éducatif au profit d'acteurs locaux et le quatrième la disparition de l'école, la fin de la différence entre éducation formelle et informelle, la digitalisation permettrait d'apprendre partout et tout le temps, il n'y aurait plus de professeurs mais des entreprises vendant des produits et services éducatifs.

 

Rien n'est immuable comme le rappellent Stéphane Bonnery et Etienne Douat dans leur ouvrage "l'éducation au temps du Coronavirus" où ils expliquent comment le virus a interagi avec des choix de société et la mise en place de nouvelles conditions d'études.

 

Un marché émerge et se développe avec des acteurs informels qui ont des valeurs en commun comme une culture entrepreneuriale.

Le coaching scolaire est un des exemples pour illustrer une enquête récente de la FCPE auprès des parents qui attendant majoritairement de l’École une réussite individuelle pour leur enfant et pas une réduction des inégalités scolaires.