Pour éviter le décrochage social, faut-il opter pour l'universalité ou la singularité ?

 

 

L'universalité n'est pas qu'une invention moderne déclinée par un état réformateur ou une chaine d'information continue, c'est aussi une valeur pour ses défenseurs au même titre que la solidarité ou l'égalité... l'empilement des discours et dispositifs catégoriels aurait eu raison de sa préservation au cours du siècle dernier et du nouveau afin de conserver des intérêts particuliers fondés a-priori sur le statut, le talent ou la spécificité des conditions de travail. L'universalité aurait sombré devant l'addition des individualismes et les revendications d'autonomie déjà mises en avant lors de la création de la Sécurité sociale par les agriculteurs, les artisans, commerçants et professions libérales en 1946 ! Les régimes spéciaux ne seraient aussi que des avatars de combinaisons corporatives pour justifier des inégalités de traitement au nom de la singularité.

Revenir à l'universalité exige dans un premier temps à s'accorder sur sa définition et à son interprétation dans le champ social...est ce "le caractère de ce qui implique tous les hommes" (Larousse) ou encore "ce qui est général, qui s'étend à un ensemble de lieux, de temps, d'êtres (Le Littré), universalité serait synonyme de mondialité mais aussi d'objectivité, de totalité, de cosmopolitisme.

Le terme se retrouverait "en religion pour promouvoir le salut avec la rédemption, en philosophie avec une doctrine proche de l'humanisme ou encore en politique pour dépasser les différences biologiques et culturelles" (toupie.org). L'universalité se rapprocherait ici d'une notion républicaine et plus encore d'une nation autour d'une identité commune pour donner du sens à sa gouvernance.

C'est ici que l'action sociale publique trouve sa légitimité dans une politique redistributive en faveur de toutes les populations en raison de leur âge, de leur état de santé, de leurs charges de famille... et de leurs ressources !

Revenir à l'universalité serait aussi se rapprocher de la nature, d'un environnement à partager qui ordonnerait sur la même horizontalité toutes les espèces végétales, animales et humaines dans une obligation contractuelle de respect et d'entendement mutuel pour la préservation de l'ensemble.

Toute revendication de différenciation ou de domination de l'homme sur la nature ou entre hommes serait alors synonyme de désordre, de particularités contraires à l'intérêt général avec les conséquences que l'on connait aujourd'hui sur la préservation de la planète ou du climat social !

Accorder à chacun les mêmes droits supprimerait ainsi tout rapport de force et inviterait à une compréhension mutuelle des inégalités qui seraient justifiées uniquement par l'investissement de chacun...

Avec le retour de l'universalité l'heure est venue de promouvoir un socle commun, un nouvel État providence qui assure à chacun un filet de sécurité quelque soit sa condition et lui donne les capacités de faire plus en libérant ses énergies pour gagner davantage de points et d'aller vers l'épargne, le capital pour dépasser ce qui est inconditionnel, offert à tous.

L'universalité est aussi l'opportunité pour refonder un système devenu illisible par sa complexité, qui pour  l'opinion profiterait à des "tricheurs" et laisserait au bord de la route les décrocheurs qui n'accéderaient pas à leurs droits.

Avec le retour de l'universalité il en est fini des minimas sociaux avec pour chacun leurs conditions et prestations comme des prélèvements sociaux attachés aux revenus, la couverture maladie sera Puma, le revenu minimum Rua, la retraite Rup, le chômage Are... en attendant la fusion de toutes les allocations logement ou encore handicap sans distinction de statut (salarié, fonctionnaire...), de profession (avocat, sénateur, manager, enseignant, militaire...)...le mode de calcul pour la retraite sera identique pour Louison (contractuelle à la poste), Philippe (gendarme à Amiens) ou encore Vincent, dirigeant de société, Elinore, médecin en CDI à la clinique St Joseph et Maxime, professeur de Français, vacataire au collège Jules Ferry... le montant final sera personnel, ne fera que traduire la trajectoire professionnelle choisie avec un prix reconnu par la société !

L'universalité ne sera pas un droit à paresse mais au contraire incitera à faire plus !

Avec le retour de l'universalité, d'une répartition garantie, il appartiendra ensuite à chacun d'opter pour lui et ses proches pour un système complémentaire assurantiel qui traduira son parcours de vie, ses revenus perçus au cours de sa vie professionnelle et surtout de son esprit ou capacité d'entreprendre, de prévoyance !

Les régimes spéciaux auront disparus comme ceux autonomes, pas les différences de pension qui s'expliquent par la carrière.

Universalité n'est pas égalité mais addition de singularités !