Drôle d'époque !

Cette fin d'année 2020 devait conclure un épisode inédit ou plutôt délétère qui a multiplié au cours de ces derniers mois les frontières physiques et sociales entre les nations et les hommes et rappelé que le temps n'est pas infini, que la croissance et le progrès peuvent être stoppés, que demain ne serait pas exactement aujourd'hui et surtout pas comment on l'avait imaginé...

 

Cette année là avait débuté dès janvier avec les premières rumeurs venues d'Asie, les premières images de siècles révolus où les hôpitaux étaient débordés, les populations interdites de déplacements, confinées, surveillées pour celles infectées, les catastrophes sanitaires des siècles passés rappelées avec ses nombreux morts jetés dans une fosse sans avoir reçu l'hommage de leurs proches.

 

Ce printemps là, dès mars les français avaient appris avec d'autres européens le mot « confinement » quand ils durent faire face au retour de leurs enfants à domicile alors qu'eux-mêmes étaient invités au télétravail ou au chômage partiel.

La liberté d'aller et venir devenait dérogatoire et soumise à attestation de déplacement, les achats devenaient essentiels, ou pas, les gestes barrières recommandés par une communauté scientifique de plus en plus présente, parfois confuse dans les médias et sur les réseaux pour prescrire, avertir et le plus souvent inquiéter !

Jamais la santé publique n'avait occupé une telle place dans la presse écrite et audio-visuelle, jamais les français n'avaient fait connaissance avec autant d'infectiologues, d'épidémiologistes, de chefs de service des urgences... la santé publique dépassait en audience et en notoriété toutes les autres spécialités qui triomphaient dans le monde d'avant comme cancérologue, cardiologue, neurologue.

 

Cet été-là, dès le mois de mai les français ont appris un nouveau mot avec le « déconfinement », signe d'une liberté retrouvée, d'un virus vaincu par la chaleur et le civisme mais aussi par les annonces médicales sur les vaccins et les futurs traitements.

Les débats sur le manque de lits hospitaliers ou encore de respirateurs, de masques, de gels étaient oubliés comme celui des conditions de travail des personnels de soins ou encore celui de l'accueil des personnes âgées en Ehpad...Les vacances s'annonçaient presque normales et la rentrée se ferait dans tous les cas en présentiel, comme avant !

 

Cet automne-là n'avait jamais été aussi bref quand la seconde vague dès le 20 octobre dicta le retour des contraintes avec un second confinement sous les auspices assumées d'un double continuum, celui économique et celui de l'éducation avec l'aide de protocoles sanitaires protecteurs.

Les entreprises étaient appelées à produire et les écoles à instruire.

 

Cette fin d'année 2020 devait introduire un nouvel épisode de notre existence avec en 2021 dès janvier de nouvelles promesses si les fêtes de fin d'année n'allaient pas tout gâcher et la pulsion commerciale emporter toutes les digues de la sagesse et générer une troisième vague avec ou sans mutation du virus comme observé en Angleterre.

En cette fin décembre, nombre de pays se reconfinent et multiplient les dispositifs sécuritaires avec la fermeture des magasins, des frontières, des écoles et attendant l'immunité vaccinale...

 

L'absence de boussole dans ce contexte du système éducatif est patent, hésitant entre retour à la maison et dans les établissements scolaires, multipliant les injonctions contradictoires et usant du numérique comme l'outil disciplinaire universel et salvateur, comme le moyen qui favorise le collaboratif dans un collectif imposé, figé et accélérateur d'inégalités...

 

Notre système éducatif sortira transformé par cette crise sanitaire mais aussi économique et sociale. Il se sera questionné sur son autorité et la transmission de ses savoirs, sur l'art de penser, de former le futur citoyen.

Une récente étude de la DEPP, parue en novembre 2020, montre la relativité de l'investissement scolaire pendant la période de confinement, ceux qui ont travaillé le plus sont des filles, des élèves déjà évalués comme bons ou excellents issus de milieux favorisés et suivis par leurs parents.

Le numérique n'a pas bouleversé les déterminants de la réussite !