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Les inégalités mondiales

Les inégalités de santé et celles sociales constituent un sujet important, transversal de nos programmes et référentiels. Les politiques et dispositifs sont présentés aux élèves comme une remédiation à ce constat qui s'explique souvent par le montant différent des revenus et patrimoines. Les conséquences pèsent aussi sur le niveau de vie, le travail, la pauvreté, l'éducation, la culture... Si l'économie ne figure pas ou peu dans nos formations, il n'en demeure pas moins que les enseignants peuvent illustrer et analyser ce questionnement à partir d'activités interdisciplinaires par exemple en ST2S ou encore en s'appuyant sur des modules en STS ESF ou SP3S. Le professeur ne se contentera pas de travailler sur des données françaises mais élargira sa commande à celles européennes et mondiales. Cette Lettre présente les grandes orientations extraites essentiellement d'un rapport sur les inégalités mondiales paru en décembre 2017. Sources : "Rapport sur les inégalités mondiales en 2018", World Inequality Lab, 2018 "Les inégalités restent élevées dans un contexte de reprise modérée", Centre pour les opportunités et l'égalité, OCDE, novembre 2016 "Les inégalités dans le monde en hausse depuis 40 ans", Le Monde, 14/12/2017 "Rapport sur les inégalités en France", Observatoire des inégalités, 2017

                                                                   Synthèse du rapport de World InequalityLab

Observations préalables : Le rapport daté de décembre 2017 présente et analyse la répartition des richesses et l'évolution des inégalités économiques dans le monde depuis 1980. Il s'appuie comme indiqué sur le site de l'Ecole normale supérieure de Lyon sur une base de données mondiale alimentée par le travail d'un réseau international de Chercheurs couvrant près de 70 pays de tous les continents. Le document sera appelé à être actualisé tous les deux ans par le Laboratoire sur les inégalités mondiales basé à l'Ecole de l'Economie de Paris. Dans son introduction, les auteurs tiennent à souligner :     - la nécessité d'apporter des données récentes et complètes au débat mondial     - la difficulté de définir le phénomène qui est complexe, multidimensionnel ou encore l'absence de vérité scientifique unique sur ce que serait le niveau optimal d'inégalité     - la volonté de relier phénomènes macroéconomiques et tendances microéconomiques pour permettre aux citoyens de participer au débat     - le désir de soumettre les déficits statistiques en combinant systématiquement toutes les sources de données.

Les inégalités mondiales de revenu : La population est divisée ici en déciles, c'est à dire en dix échelons de niveau de vie, par tranches de 10% qui peuvent être encore sous-divisées en centiles (1%) ou millime (0,1%). On peut aussi selon le site le Monde.fr découper la population en quintile (20%) ou quartile (25%). Le rapport insiste sur les principaux constats :     - l'inégalité des revenus varie beaucoup d'une région du monde à l'autre.       Elle est faible en Europe (10% des plus gros revenus possédait en 2016 37% du revenu national) et plus forte au Moyen orient (le décile supérieur capte 61% du revenu national).     - les inégalités de revenu ont crû dans presque tous les pays mais à des rythmes différents (augmentation rapide en Amérique latine, Chine, Inde, Russie et plus modérée en Europe, stable en      Afrique sub saharienne, Brésil).     - Depuis 1980, les 1% d'individus recevant les plus hauts revenus dans le monde ont profité deux fois plus de la croissance du revenu mondial que les 50% d'individus les plus pauvres.     - La croissance des inégalités mondiales n'a pas été régulière.     - Si la part de revenu du centile supérieur est montée de 16% à 20% entre 1986 et 2000, elle a ensuite largement régressée jusqu'à 20%.

Rôle de l'évolution du partage patrimoine public/privé dans les inégalités : Le capital peut être détenu par le secteur privé ou public. Les auteurs du rapport soulignent qu'au cours des dernières décennies les détenteurs du patrimoine privé se sont enrichis alors que les Etats se sont appauvris. Le patrimoine privé net est passé de 1970 à nos jours de 200/350% du revenu national à 400/700% malgré la crise financière de 2008 ou encore l'éclatement des bulles spéculatives. A l'inverse le patrimoine public net diminue dans presque tous les pays, il est devenu négatif aux Etats Unis et au Royaume Uni. Cette évolution peut-on lire "limite la capacité des états à réguler l'économie, à redistribuer les revenus et à freiner la croissance des inégalités.

Les résultats concernant les inégalités mondiales du patrimoine : Les inégalités du patrimoine entre individus ont crû à des rythmes différents d'un pays à l'autre depuis 1980, elles se sont fortement creusées aux Etats Unis (la part des 1% des plus gros détenteurs est passée de 22% à 39% entre 1980 et 2014) alors qu'en France l'accroissement a été plus modéré du fait de l'augmentation du patrimoine immobilier de la classe moyenne.

Quel avenir et quelles solutions ? Les projections vont jusqu'à 2050 en fonction de plusieurs scénarios, les observations sont les suivantes : Dans un scénario de prolongation des tendances actuelles, la classe moyenne mondiale verra sa part de patrimoine comprimée. Les inégalités de revenu augmenteront  même avec des hypothèses de croissance optimistes dans les pays émergents. Il faut cependant souligner que selon la trajectoire suivie par les pays, le revenu de la moitié la plus pauvre de la population mondiale peut varier du simple au double ! Les solutions exigeraient d'importants changements de politique fiscale, éducatives. La gouvernance des entreprises et les politiques salariales devront être revues :     - l'impôt progressif est un instrument éprouvé pour lutter contre la croissance des inégalités     - la création d'un registre mondial des titres financiers pour identifier les détenteurs porterait un coup sévère à l'évasion fiscale, au blanchiment d'argent     - l'amélioration de l'égalité d'accès à l'éducation et aux emplois bien rémunérés est essentiel pour       remédier à la faible croissance des revenus de la moitié la plus pauvre de la population     - les Etats devraient investir dans l'avenir pour remédier aux inégalités et prévenir leur aggravation.

En conclusion, le site du quotidien "Le Monde" met en exergue trois points principaux du rapport :     - un horizon d'inégalités où l'Europe tire son épingle du jeu alors que l'indicateur des inégalités s'envole comme en Russie ou en Inde     - des trajectoires divergentes en Europe et aux Etats Unis avec des inégalités très fortes du système éducatif américain, une progression moindre de la fiscalité     - le poids des privatisations, notamment en Chine et Russie

Synthèse du rapport de l'OCDE

L'OCDE publiait en 2016 une actualisation de ses données sur les inégalités de revenu et la pauvreté, se basant sur l'année 2013/2014 comme référence. Elle constatait dans les pays qui adhéraient à l'organisation internationale :     - une reprise du PIB et de l'emploi depuis 2010 mais qui ne se traduisait pas par une croissance inclusive, qui n'a pas inversé la tendance à la hausse des inégalités de revenu     - des revenus disponibles des ménages toujours en dessous des niveaux d'avant crise, surtout pour les moins favorisés     - des inégalités de revenu marchands augmentant plus vite que les inégalités de revenu disponibles