La formation et l'exercice infirmier : état des lieux en 2022

 

 

 

Une offre en décalage avec une demande importante mais fragile et qui s’inscrit de moins en moins dans la durée.

La dernière note flash du SIES (n°10, mai 2022) confirme, comme dans les années passées, une demande à priori importante et en augmentation sur Parcoursup pour la formation infirmier, qu’elle provienne des lycéens de terminale, des étudiants qui souhaitent se réorienter ou d’actifs qui ont un projet de reprise d’études (688 985 vœux formulés en 2022).

Le nombre d’étudiants à admettre en première année d’études préparatoires au DE d’infirmier a suivi cette évolution depuis deux années (+15% de places ouvertes) après les accords du Ségur de la santé ou encore du plan de relance 2020/2022.

L’arrêté du 29 avril 2022 fixe un quota de 36 124 places pour l’année universitaire 2022/2023. En complément une campagne de recrutement débutée en mars 2022 porte sur l’embauche de 10 000 alternants dans des postes d’infirmiers, d’aides-soignants et d’accompagnants éducatifs et sociaux, un parcours réussite cible en particulier des aides-soignants expérimentés qui deviendraient infirmiers après deux ans d’études ou après une validation des acquis de l’expérience.

Les Régions apportent leur soutien à ce mouvement dans un nouveau protocole signé le 14 mars 2022 avec l’État pour bénéficier d’un financement des formations de santé qui répondent aux besoins de leur territoire définis par l’Observatoire de la démographie des professions de santé.

Le constat est en cependant partagé pour souligner la baisse du nombre d’infirmiers en activité notamment à l’hôpital depuis la crise sanitaire mais pas seulement… départs en retraite, installations en libéral, changements d’activité professionnelle, abandons d’une logique de carrière (1)…

Ce décalage entre les besoins et les réponses est d’autant plus inquiétant avec la fuite des étudiants infirmiers dès leur première année de formation.

Une enquête du CEFIEC entre décembre 2021 et janvier 2022 s’adressant à 357 IFSI (214 ont répondu) appuie ce constat : à la rentrée 2021 sur un panel de 165 IFSI, 97,8% des places proposées étaient occupées à la rentrée et seulement 86% deux mois après.

 

Un rapport rédigé par une Commission d’enquête du Sénat s’interroge aussi en constatant « que malgré un record de candidatures, les études font face à un nombre d’abandons sans précédent aggravant la pénurie de soignants ».

Les raisons invoquées pour expliquer ces abandons sont multifactorielles, en premier la procédure de sélection sur Parcoursup depuis 2019. Les sénateurs soulignent « l’inadaptation de la sélection par l’algorithme qui dirige vers les IFSI trop de profils paraissant insuffisamment

motivés ou préparés à la réalité de la formation (on rappellera ici la fermeture des prépas publiques en lycée, parfois résurgentes sous d’autres appellations dans le privé et à l’Université ou pour des publics à besoin particulier).

Le CEFIEC porte le même argument en parlant « d’erreurs d’orientation des étudiants inscrits sur Parcoursup en invoquant le faible degré de maturité du projet, la fausse représentation du métier ou encore les parcours scolaires avant le bac (comparaisons entre séries).

 

D’autres constats sont avancés, personnels pour les étudiants (problèmes financiers, de santé physique ou mentale) ou propres à la formation (manque d’encadrement, organisation des stages, contacts avec des publics fragiles dès le début…). Ce regard n’est pas propre à la formation infirmière et à son exercice, les abandons sont aussi significatifs à l’Université ou encore en STS, les symptômes observés sont ceux d’une jeunesse en évolution et d’adultes en proie au doute, qui n’hésitent plus à changer de travail ou de vie privée.

Le parcours de vie n’est plus linéaire mais construit avec des ruptures, des tentations qui mettent à distance les valeurs et les principes des générations passées.

(1)Françoise Girard , Présidente nationale des directeurs d’écoles paramédicales (ANdep), revue Actu Soins, 2022