Rentrée scolaire 2021 : essentiel ou accessoire ?

Essentiel ou accessoire, ce dilemme demande déjà de questionner le positionnement des acteurs, des publics et des actions de l’école.

Les acteurs formateurs peuvent présenter des intérêts divergents alors qu’ils s’inscrivent dans une même organisation, un espace contraint par une histoire, des valeurs et des normes mais choisi positivement ou par hasard, par défaut, pour un temps compté...
La trajectoire professionnelle est de plus en plus dynamique, faite de ruptures, il est presque fini le temps d’une inscription continue dans un métier comme celui du soin, du social ou de l’éducation. La vocation, la carrière univoque est souvent signe d’une incapacité à rebondir, à s’engager dans le futur, d’un immobilisme qui ignore le changement personnel et collectif.
Cette mobilité est aussi encouragée par les recruteurs qui recherchent l’embauche réversible et économique, le statut doit s’effacer devant un contrat de travail précaire.

Les publics sont aussi de plusieurs natures, déjà ceux de la scolarité obligatoire subie, des passages rythmés par des rentrées, des cycles et des évaluations de moins en moins terminales, des redoublements de plus en plus rares mais au bout avec des orientations toujours marqueurs de destins inégaux.
Les autres publics sont aussi ceux qui se saisissent de l’école comme un tremplin culturel, sélectif pour leur ascension sociale, leur appartenance à un réseau qui leur apportera prestige et sélectivité, pouvoir et revenus...

Les actions peuvent se réduire à un déroulé de savoirs disciplinaires, à la constitution d’une transmission conseillée ou dictée par des manuels, des autorités de tutelle administrative et/ou pédagogique, à une notation formative ou sommative guidée ou contrainte, à la présence lors d’événements imposés comme les conseils d’enseignement, les jurys d’examen...
Elles peuvent aussi signifier prendre une part active au projet académique, d’établissement ou encore disciplinaire, travailler en équipe, faire appel dans sa classe aux partenaires hors murs, solliciter les élèves par une pédagogie active, être à l’écoute des politiques, des dispositifs qui impactent son enseignement, son métier.

Essentiel ou accessoire, ce dilemme demande ensuite d’interroger les controverses du moment mais souvent du passé qui agitent les deux camps de l’éducation même si toute dichotomie est trompeuse et tronquée.
L’école doit-elle être ouverte, inclusive ou fermée, doit-elle répondre aux attentes économiques, sociales, environnementales ou personnelles, doit-elle s’adresser à tous de façon identique ou diversifiée, doit-elle se substituer à des familles défaillantes, doit-elle apprendre à critiquer ou à obéir, à analyser ou à reproduire ?

Certains s’appuient sur les valeurs de la République et d’un humanisme universaliste pour refuser des formes d’assignation dès le plus jeune âge au sein du corps social alors que d’autres s’appuient sur les différences naturelles pour justifier les inégalités de résultats et d’investissement dans le champ de l’éducation. L’école doit-elle être engagée, élargir ses horizons, privilégier un apprentissage citoyen ou utile sur des enseignements fondamentaux au service de la société, de l’entreprise ?

 

 

 

Essentiel ou accessoire, cette rentrée exige de participer aux interrogations éducatives qui s’inscrivent dans les dernières réformes, celle du lycée ou encore celle des examens (Bac, BTS), dans les avantages et limites du présentiel et du distanciel, du traditionnel et du numérique, de la classe descendante ou inversée mais cette rentrée doit aussi être aussi une opportunité pour associer programme et faits sociaux comme le changement climatique, la transition environnementale, croissance et décroissance, inégalités de santé et de ressources, grande pauvreté...

Notre enseignement est une très grande chance pour nous et pour nos lycéens, il nous offre l’occasion d’élargir notre regard et celui des autres, d’articuler connaissances, quotidien et projections dans l’avenir, d’orienter notre pédagogie vers l’engagement...l’essentiel n’est-il pas là !